Si elle représente une véritable innovation thérapeutique pour la prévention du cancer du col de l’utérus, cette vaccination soulève des interrogations concernant sa stratégie et des difficultés de mise en place.
Concernant la vaccination contre le papillomavirus, le calendrier 2008 se borne à mentionner la mise à disposition d’un second vaccin (Cervarix®), non privilégié du fait qu’il ne protège que contre les HPV 16 et 18 et ne prévient pas les condylomes et verrues génitales.
Il convient toutefois de revenir sur les originalités et enjeux de cette vaccination. Il s’agit (après l’hépatite B) du second vaccin destiné à prévenir un cancer. Par contre, la maladie infectieuse à l’origine est inapparente et le vaccin prévient un risque qui se manifestera vingt à vingt-cinq ans plus tard. La prévention du cancer du col de l’utérus repose principalement sur le dépistage des lésions précancéreuses par frottis cervicovaginaux. La vaccination n’est qu’un complément et l’arrêt du dépistage entraînerait une augmentation du nombre de cancers du col, le vaccin ne protégeant que contre 70 % d’entre eux.
Le vaccin est surtout efficace chez les femmes non infectées, or l’infection survient dans les mois suivant le début de l’activité sexuelle. Il faut donc vacciner avant.
La France a fixé l’âge de la vaccination à 14 ans, les enquêtes montrant qu’à cet âge, 3,1 % des filles déclarent avoir déjà eu des rapports sexuels. En l’absence de données sur la durée de l’immunité, cette vaccination n’est pas effectuée trop en amont du début de l’activité sexuelle, d’autant que les enquêtes ont montré que les familles étaient plus réticentes pour aborder le problème de la sexualité à 11-12 ans. Par contre, il n’existe pas de rendez-vous vaccinal à cet âge où les adolescentes ne sont guère vues par les pédiatres et pas encore par les gynécologues. Une forte mobilisation des médecins généralistes sera donc nécessaire.
Ne vacciner que les adolescentes de 14 ans n’aurait réduit significativement l’incidence du cancer que dans soixante ans. Un rattrapage a donc été proposé pour les jeunes femmes de 15 à 23 ans, au maximum dans l’année qui suit le début de l’activité sexuelle. L’appréciation de ce critère nécessite un interrogatoire intrusif. En outre, les enquêtes de vente montrent que la vaccination des adolescentes de 14 ans est marginale et que l’essentiel des prescriptions concernent des jeunes filles/femmes. Le danger serait que la vaccination des adolescentes soit remplacée par celle des jeunes femmes déjà potentiellement infectées et chez qui le vaccin est peu efficace. La vaccination massive des jeunes femmes à l’âge où se révèlent les maladies auto-immunes rappelle les problèmes de la vaccination contre l’hépatite B. Tout porte à craindre que des effets adverses de ce type seront attribués à la vaccination HPV. Une crise de ce type doit être anticipée.
Reste enfin le problème de la vaccination des hommes qui présenterait une certaine logique épidémiologique. Il n’existe actuellement pas de données de tolérance et d’efficacité du vaccin chez l’homme. Les maladies de l’homme liées à l’HPV (cancers anorectaux) étant très rares, le bénéfice individuel direct de la vaccination des hommes apparaît très limité.
Pr Daniel Floret,
président du Comité technique des vaccinations
En Bref
Un nouveau « Bulletin » à la rentrée
Être toujours plus proche de vos préoccupations, mieux rendre compte des réalités de l’exercice médical au quotidien, explorer les enjeux de la relation médecin-patient : tels sont les principes qui fondent le nouveau dispositif éditorial de l’Ordre national des médecins. Dès septembre 2008, le Bulletin devient Médecins, un bimestriel de 32 pages (six numéros par an) à la place du mensuel de 16 pages. Une formule modernisée, avec de nouvelles rubriques (reportage sur le terrain, débats, un « cahier jurispratique » de huit pages, courrier des lecteurs, la voix des associations...), qui met le médecin au cœur du projet éditorial tout en faisant plus de place au patient. Soucieux de conjuguer impératifs économiques et protection de l’environnement, l’Ordre a fait le choix de coupler l’édition papier du bulletin avec un nouveau support numérique, une newsletter mensuelle plus spécifiquement dédiée à l’actualité ordinale.
Newsletter
Pour recevoir la newsletter mensuelle qui sera éditée à partir de septembre 2008, n’oubliez pas de transmettre votre adresse e-mail à votre conseil départemental ou de vous inscrire sur le site du Conseil national Cette adresse mail sera utilisée uniquement pour l’envoi de la newsletter mensuelle : vous ne recevrez aucune autre information de l’Ordre à cette adresse.
Démographie des médecins étrangers
Dans le Bulletin de février, en page 6, nous avons présenté l’enquête sur la démographie des médecins étrangers réalisée par la section Santé publique et par le service des Affaires européennes et internationales du Cnom. Les médecins intéressés peuvent se procurer la brochure relative à cette enquête auprès de leur conseil départemental. Brochure également disponible sur le site du CNOM
Les CHU ont 50 ans
En 2008, les vingt-neuf CHU de France s’associent pour fêter leurs 50 ans et montrer leur contribution au progrès médical. Les hôpitaux parisiens de l’AP-HP organisent notamment, de mars à octobre, une série de conférences, débats et expositions ouverts au grand public. Prévenir et surmonter les handicaps, vaincre le cancer ou lutter contre les nouvelles pathologies liées à nos modes de vie (voyages, addiction, nutrition) sont les thématiques mises en avant dans ces manifestations. www.jubile.aphp.fr