Gynécologue-obstétricien au CHU de Strasbourg, le Pr Israël Nisand s’alarme du nombre toujours élevé d’IVG chez les jeunes filles. Dans un rapport rédigé1 pour le Haut Conseil de la population et de la famille (HCPF), il propose de constituer des réseaux de prévention et de soins impliquant les médecins généralistes.
13 400 IVG ont été pratiquées chez des mineures en 2004 2 : un chiffre qui n’a pas diminué depuis dix ans... Si la loi de 1975 a fait baisser le nombre total d’IVG en France, les statistiques restent élevées chez les adolescentes. Pourquoi ? Dans le rapport du HCPF qui a été remis au président de la République en décembre 2006, le Pr Israël Nisand apporte des réponses. « La première explication, c’est l’absence ou l’insuffisance d’information dans le milieu scolaire, et ce, en dépit de la loi du 4 juillet 2001 qui impose trois séances annuelles d’éducation à la sexualité à l’école, au collège et au lycée... » Deuxième raison : les conduites à risques, propres à l’adolescence, qui peuvent entraîner des rapports sexuels non protégés. Enfin, l’accès à la contraception orale, qui est la plus recommandée à cet âge-là3, pose problème. Elle suppose en effet une consultation chez le médecin, qu’il faut payer et qui peut nuire à la confidentialité, dans la mesure où elle est prise en charge par la Sécurité sociale des parents. Les adolescentes redoutent en outre d’être soumises à un examen gynécologique. De plus, la contraception elle-même a un coût, la plupart des pilules n’étant pas remboursées.
Expérience concluante dans la vallée de la Bruche
À partir de ces observations, le Pr Nisand suggère d’instaurer « un système de prescription de la pilule anonyme et gratuit, comme pour la contraception d’urgence, dans lequel tous les généralistes soient impliqués. En association avec des pharmaciens, ils peuvent constituer, en quelque sorte, des minicentres de planification ». En 2003, un réseau bâti sur ce principe a vu le jour dans la vallée de la Bruche, en Alsace. Sept médecins généralistes et douze pharmaciens se sont porté volontaires pour y participer. Dans un premier temps, les médecins animent des sessions d’information en milieu scolaire. Ensuite, ils peuvent recevoir les jeunes filles qui le souhaitent pour une consultation confidentielle et gratuite, via le tiers payant. La contraception orale est prescrite sans examen gynécologique, qui n’est pas nécessaire. Dans les pharmacies membres du réseau, les jeunes filles obtiennent pilules et préservatifs par le tiers payant. Ce dispositif a en effet reçu l’aval de la Caisse d’assurance maladie de la région. Résultat : le nombre d’IVG chez les mineures est passé d’une dizaine à un ou deux par an dans la vallée de la Bruche. « L’extension de tels réseaux à toute la France serait facile à réaliser, assure le Pr Nisand... à condition que l’Assurance maladie donne son accord. » En résumé : mieux vaut prendre en charge la prise de la pilule plutôt que réaliser des IVG. Ce projet pourrait éviter à nombre de jeunes filles de commencer leur vie sexuelle par un avortement, dont les conséquences psychologiques sont parfois très lourdes...
Propos recueillis par Nathalie Da Cruz
1. Rapport corédigé avec Laurent Toulemon, démographe à l’Institut national des études démographiques.
2. Sur un total d’environ 220 000 IVG pratiquées chaque année en France.
3. Souvent mal utilisé, le préservatif n’est pas efficace chez les jeunes. Il faut combiner pilule et préservatif.
Info-Ado Autre possibilité : un accueil anonyme et gratuit à l’hôpital. Depuis 1998, le CHU de Strasbourg propose trois structures Info-Ado. Chaque semaine, des médecins de l’hôpital vont à la rencontre des élèves de 3e pour les informer sur la sexualité et signaler l’existence de ces structures, qui répondent aux questions des adolescents et leur fournissent gratuitement des contraceptifs. Grâce à Info-Ado, qui touche la moitié de la classe d’âge des 14-15 ans, le nombre d’IVG chez les mineures a été divisé par deux à Strasbourg.
http://info-ado.u-strasbg.fr